Ce mois-ci, Neuropsychologie, Psycho et société

Les échecs : source intemporelle de fascination

Entre mythe et réalité, on ne sait pas quelle est l’essence de ce jeu si mystérieux. Nombre de fantasmes viennent nourrir les représentations que l’on peut avoir sur cette pratique prestigieuse, et ceux-ci ont été récemment alimentés par la nouvelle série à succès Le jeu de la dame  (The Queen’s Gambit). Cette création de Scott Franck et Allan Scott adaptée du livre de Walter Tevis (1983), distribué au mois d’Octobre dernier par le service de streaming Netflix, nous entraîne sur les pas de la jeune prodige des échecs, Beth Harmon. Cette jeune femme au passé tumultueux, se reconnait une vocation, le jeu d’échecs, et ne connait aucune limite à son ambition, étant prête à tout pour atteindre les plus hauts sommets de cette discipline.

La série a connu un véritable succès d’audience, en partie grâce à son réalisme, qui a d’ailleurs été salué par la communauté des joueurs d’échecs. Bien qu’il s’agisse d’une œuvre de fiction, l’histoire relate des affrontements sous haute tension, dans un contexte social de guerre froide, lui, bien réel. Cette création aborde un milieu qui est assez peu connu du grand public et qui peut alors susciter certaines interrogations.

Quels sont les mécanismes à l’œuvre dans le cerveau d’un joueur d’échec ? Quelle place la psychologie tient au sein de cette discipline si rigoureuse ? Enfin, comment ce simple jeu a pu faire l’objet dans les années 1970 de tels enjeux politiques ? A plusieurs reprises, des liens seront faits avec la série, mais pas de crainte à avoir cet article ne contiendra aucun spoiler.

Ouverture : les outils qui façonnent le génie.

Photo de Anete Lusina sur Pexels.com

Une des questions les plus évidentes que l’on puisse se poser après avoir regardé Le jeu de la Dame est la suivante. Peut-on naître avec des prédispositions pour les échecs comme cela semble être le cas pour Beth ? Et de manière plus générale, le génie est-il inné ou acquis ?

Le génie : Inné ou acquis ?

Avant toute chose, le génie peut se définir par « une aptitude supérieure de l’esprit qui rend quelqu’un capable de créations, d’inventions qui paraissent extraordinaires » (« Génie » in LeRobert)

Un documentaire, intitulé : Les supers pouvoirs du cerveau : Comment devenir un génie (Polgar, 2012), présente le parcours de Susan Polgar, née le 19 avril 1969 à Budapest, première femme au monde à devenir Grand Maître International d’échec (titre le plus important décerné par la Fédération Internationale des Échecs).

Le chercheur Laszlo Polgar, père de Susan, a réalisé une étude sur l’influence de l’éducation sur le génie et a voulu tester sa théorie sur sa fille. Son hypothèse est simple : on ne nait pas génie, on le devient. Prenant exemple sur Mozart qui a toujours été entouré de musique et qui commença sa formation dès quatre ans, Laszlo prodigua à Susan une éducation précoce, exceptionnelle, personnalisée, et surtout spécialisée, ayant pour finalité la création du génie. Il formalise et généralise même son expérience de père, tuteur et formateur de génie dans Le Phénomène Polgar (1991).

Laszlo Polgar s’accorde tout de même à dire qu’il existe des circonstances psychosociales favorisant l’émergence du talent. Selon lui, la réussite géniale passe par un certain épanouissement familial et un soutien inconditionnel à l’enfant afin que puisse se développer une condition essentielle : la motivation. 

C’est le critère le plus important : l’enfant doit faire preuve de volonté, sans quoi l’apprentissage ne pourra pas pleinement aboutir. Les résultats de la méthode de Polgar furent par ailleurs reproduits chez les deux sœurs de Susan, elles aussi championnes d’échecs de niveau international. En somme, le génie résulte du travail précoce et de la motivation.

Néanmoins, dès le début de son entraînement, Susan fut confrontée à certains préjugés. À cette époque, et encore aujourd’hui, les échecs sont pratiqués au niveau professionnel par une grande majorité d’hommes. Dans les années 70, certains pensaient encore que le cerveau féminin était inadapté au jeu d’échecs. En effet, les croyances de l’époque disaient que les femmes n’avaient pas la capacité de visualiser le plateau dans l’espace, comme le fait pourtant avec brio Beth dans Le jeu de la Dame. Ce présupposé découlerait d’une croyance populaire disant que les femmes n’auraient pas le sens de l’orientation.

A ce propos, une étude du professeur Peter McLeod (Polgar, 2012), psychologue à l’université d’Oxford a cherché à comprendre, la façon dont s’orientent garçons et filles de primaire dans un immense labyrinthe végétal. Il semblerait que les garçons cherchent avant tout à avoir une image globale du labyrinthe, une carte géante qu’ils vont déplacer par rapport à un point fixe comme le soleil par exemple. Les filles, quant à elles, auraient plutôt tendance à chercher plusieurs grands points de repère, à se concentrer sur les détails plutôt qu’à l’ensemble, et à essayer de se déplacer d’un point A à un point B. Toutefois, si elles se perdent entre ces deux points, elles seraient alors totalement égarées. En somme, même si cette étude comporte un certain nombre de limites, on conclut ici que dans un environnement sans repère, les garçons auraient un meilleur sens de l’orientation, mais dans n’importe quel autre environnement, la technique féminine serait jugée plus efficace. 

En ce qui concerne les échecs, parler de problème d’orientation, ou de désavantage féminin serait alors trompeur. La « pensée » masculine n’est pas une condition obligatoire, et c’est ce que viendra démontrer Susan Polgar en battant son premier Grand Maître à l’âge de quinze ans seulement, avant d’être elle-même élevée à ce rang à ses vingt-et-un ans. Mais alors, d’où vient cette visualisation ?  Quelle capacité en est la source, quelle cognition en est l’origine ?

La mémoire : une des clés de la réussite 

La « visualisation » est en réalité une mémorisation de chacune des pièces de l’échiquier. Dans le documentaire (Polgar, 2012), Susan est décrite comme capable de jouer jusqu’à cinq parties simultanément dans sa tête, sans avoir besoin d’échiquier. Cette extraordinaire habileté s’explique par une capacité de mémorisation supérieure à la moyenne. C’est plus particulièrement la mémoire de travail, localisée au niveau du cortex préfrontal, qui entre en jeu. Ainsi, un grand joueur d’échec bénéficie de connexions synaptiques fonctionnelles plus denses dans sa mémoire de travail, ce qui lui permet de retenir pus d’éléments et de prévoir ses actions.

Cette adresse est mise en évidence (Polgar, 2012) par une expérience très simple. Susan est assise à la terrasse d’un café. Devant elle, passe pendant trois secondes un camion orné d’un tableau d’échecs sur son flanc. Susan doit replacer immédiatement toutes les pièces selon la même configuration que celle aperçue brièvement sur le camion. Le résultat est incroyable puisqu’elle y arrive sans aucune erreur et avec une facilité déconcertante. Là où la mémoire d’un néophyte ne peut retenir qu’en moyenne sept éléments, Susan a réussi à en retenir vingt-huit.

Pour rendre ce résultat possible, Susan réalise ce que l’on appelle de la « mémorisation en bloc ». Il est impossible de retenir autant d’informations, sauf si on les regroupe en constellations. C’est le concept de Chunks. Pareillement, lorsqu’un serveur expérimenté retient les commandes, il ne retient pas tous les éléments séparément mais en plusieurs blocs/Chunks d’informations, un par client. Loin d’être aisée, cette agilité nécessite beaucoup d’entraînement et de pratique.

D’ailleurs, dans la seconde condition expérimentale de l’expérience du camion, les pièces de l’échiquier n’ont pas été placées selon les mouvements classiques des échecs, mais de façon aléatoire par quelqu’un n’ayant aucune connaissance des règles. Étonnamment dans cette situation, Susan ne sera pas capable de replacer exactement plus de la moitié des pièces. En réalité, les joueurs d’échecs reconnaissent davantage des structures de pièces spécifiques, des combinaisons classiques des échecs, qui, pour un œil entraîné, sont parfaitement reconnaissables. En quelque sorte, l’apprentissage se fait en réseau de sens plutôt qu’aléatoirement.

Pourtant, il existe des centaines de combinaisons et de structures reconnaissables dans l’univers des échecs. Tous les connaître nécessite un travail acharné années après années. Il faut répéter encore et encore les mêmes séquences, les apprendre, les jouer, les analyser, jusqu’à ce qu’elles deviennent familières, comme une deuxième langue pour le joueur. Tout comme un bilingue n’a pas à réfléchir lorsqu’il entend sa seconde langue, lorsqu’un joueur d’échecs expérimenté voit une partie devant lui, il ne discerne en réalité que quelques figures classiques qui sont alors évidentes à retenir. Et c’est pour cela que dans la seconde condition expérimentale, Susan ne parvient plus à replacer en totalité les pièces, posées par un néophyte, ne correspondant à aucune structure conventionnelle.

Cette théorie selon laquelle le talent des joueurs d’échecs proviendrait de leurs capacités d’apprentissage en réseau de sens (Chunks) a été proposée par William Chase et Herbert Simon en 1973.

Les particularités corticales

Si l’apprentissage et l’entraînement précoce sont une des clés de la réussite, ceci est dû au phénomène de plasticité cérébrale. Une pratique intensive, spécialisée et précoce permet de « muscler » certaines zones de notre cerveau qui sont spécifiques à notre pratique. Des études ont constaté que les zones cérébrales des violonistes qui jouent depuis leurs plus tendres enfances, sont plus développées que chez une personne ne pratiquant pas d’instrument. De la même façon, un joueur d’échecs pourra en quelque sorte, via sa pratique, modeler son cerveau.

En outre, cet apprentissage de figures spécifiques se répète jusqu’à ce qu’elles soient toutes parfaitement ancrées dans la mémoire à long terme, et allant même jusqu’à modifier une zone très spéciale de notre cerveau, l’aire fusiforme des visages, ou aire de reconnaissance des visages, située dans le gyrus fusiforme, appartenant lui-même au lobe temporal. Mais comment fonctionne-t-elle exactement ? 

De façon simplifiée, lorsque nous voyons un visage, notre cerveau analyse toutes les composantes du visage et transmet ces informations à l’aire fusiforme des visages, qui sera capable en environ deux cents millisecondes de déterminer si ce visage nous est familier ou non, et ce quel que soit l’angle, ou le point de vue duquel on nous le présente. En réalité, ce visage sera comparé à tous ceux que nous connaissons pour voir si il y a une correspondance.

Les scientifiques (Polgar, 2012) ont voulu savoir s’il y avait une zone cérébrale plus spécifique ou, du moins, plus activée chez les joueurs d’échecs. Ils ont donc proposé à Susan de passer une IRM. Dans une première condition, on lui projetait les visages de joueurs d’échecs célèbres et, comme attendu, ils ont pu observer une activation de l’aire fusiforme des visages. Ensuite, dans une seconde condition, on lui présente des figures classiques de ses anciennes parties en lui demandant de prévoir les prochains coups et, à nouveau, ils ont pu observer une activation de l’aire fusiforme des visages. Lorsque Susan a une grille devant elle, son cerveau la scanne automatiquement comme pour les visages et la compare à son impressionnante collection de figures, conservée dans la mémoire à long terme, afin de trouver une correspondance, ce qui entraînera alors une réponse de jeu adaptée. Les résultats de l’étude ont montré que Susan reconnaît une combinaison familière en huit dixièmes de seconde, soit presque aussi vite que le visage d’un bon ami.

En somme, à l’instar de Susan Polgar, les joueurs d’échecs, commençant précocement leurs entraînements et leurs apprentissages, ont pu, en quelque sorte, se réapproprier l’aire fusiforme des visages pour l’adapter à leur pratique des échecs grâce au phénomène de plasticité cérébrale.

Milieu de partie : Au-delà de la technique …

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Deux écoles de pensées 

Les éclaircissements précédents concernaient l’acquisition de la pratique et des techniques du jeu d’échecs jusqu’à la formation des champions. Mais ces aspects sont-ils les seuls éléments constitutifs d’un grand joueur ? N’y a-t-il que la technique pure qui entre en jeu ou y a-t-il aussi une dimension psychologique ?

Dans un article intitulé « Psychologie des Grands Maîtres », paru dans Échecs et Psychologie (Naidji, 2017),  l’auteur distingue deux façons de concevoir les échecs, deux écoles de pensées. Une première qui mise tout sur le jeu, la technique et les bons mouvements et une seconde qui considère la part de psychologie comme étant fondamentale. Le grand joueur Alexander Alekhine, deux fois champion de monde, a déclaré :

« La psychologie est le facteur le plus important aux échecs. »  (Alekhine, as cited in Naidji, 2017)

Un jeu mental, consistant à jouer toujours le coup le plus performant, peut ainsi se distinguer d’un jeu psychologique cherchant à déstabiliser l’adversaire. Cette deuxième approche peut se révéler très efficace, surtout lors des matchs sous haute tension où il est difficile de rester concentré sur la durée.

A plusieurs reprises dans Le jeu de la Dame (2020), des tentatives de déstabilisation sont opérées par Beth, notamment lors du tournoi de Mexico contre le jeune soviétique, ou par ses adversaires lors de ses premiers matchs. Le but est de faire perdre ses moyens à l’adversaire en jouant des coups volontairement moins bons ou inattendus. Néanmoins, pour se permettre de pratiquer un « jeu psychologique », il faut tout de même avoir un certain niveau, ne pas commettre d’erreurs fatales, rester parfaitement concentré et être capable de se servir des failles provoquées chez l’adversaire. Sinon, cette technique ne sera ni plus ni moins qu’un mauvais jeu. 

Très difficile à employer correctement, une telle pratique nécessite un entraînement conséquent qui va développer une confiance en soi endurante car, une fois lancé dans cette stratégie, il faut la tenir jusqu’au bout.

Selon le docteur Conti dans L’analyse neurologique des échecs, paru en 2006 :

 « L’aspect psychologique, en effet, exerce une influence importante. Il y a des déséquilibres personnels, liés à la vie privée, et des émotions qui jouent un rôle naturel en influant sur le système expert de la personne. Au cours d’une partie, comme dans la vie, le joueur confronte ce qu’il voit avec ce qu’il a déjà vu par le passé. Il revit des situations, et les analyse en réorganisant des zones et des régions très précises de son cerveau » (Conti, 2006).

Dans cet article, Flavio Conti (2006) nous explique que le joueur le mieux préparé n’est pas forcément celui qui sera vainqueur. Il compare ce jeu à la vie. À un moment donné, lorsque les techniques se valent, le joueur pioche dans son esprit toutes les ressources qu’il peut y trouver comme, très souvent, la déstabilisation.

Le rôle de l’intuition

Dans le documentaire (Polgar, 2012), à certains moments, Susan déplace les pièces du jeu instantanément, comme si l’évidence s’imposait à elle, alors que l’on sait que trois mouvements de pièces peut générer jusqu’à quatre milliards de combinaisons possibles. 

Selon le joueur et professeur William Hartston, au-delà de la stratégie, il est très important de se laisser guider par son instinct : c’est ce qui caractérise l’Homme, ce qui nous différencie de la machine. Ce phénomène œuvre particulièrement lors des parties de « Blitz » (ou « Quick Chess » en anglais), qui se caractérisent par quelques échanges rapides de coups. Dans cette configuration, les joueurs fonctionnent alors beaucoup plus en automatique.

Grâce aux mouvements de jeu fortement ancrés dans la mémoire, les joueurs savent automatiquement ce qu’il convient de faire. Ainsi, les grands joueurs ne prennent pas le temps de tout analyser à chaque fois. Parfois, un coup en appelle un autre et ne nécessite pas forcément plus de réflexion. Selon Conti (2006), c’est ce qui différencie l’expert du novice. Le novice analyse tout et perd beaucoup de temps là où l’expert travaille naturellement.

En outre, lorsque la défaite approche, le Grand Maître le sait. Il discerne le temps où il est trop tard pour revenir en arrière, lorsque les dés sont jetés. C’est pourquoi beaucoup de parties se terminent par un abandon et non un échec et mat. Avec son savoir-faire, l’expert a analysé la situation et n’espère plus emporter la partie. Son cortex préfrontal, véritable centre décisionnel, décide de stopper le flux d’informations arrivant car il connait déjà le résultat. Cette situation est assez nettement observable dans Le jeu de la Dame (2020) notamment lors de la finale du championnat du monde, à Paris en 1967.

Parallèlement, certains auteurs, tel que le psychanalyste et joueur d’échecs Reuben Fine (in « Psychologie échiquéenne », 2020), considèrent que l’échiquier est le reflet de la personnalité profonde des deux joueurs. Il décrit, dans ses divers ouvrages, les stratégies du jeu d’échecs, non pas comme de simples modalités de jeu, mais comme le reflet « en acte » des différents fonctionnements psychiques.

Fin de partie : échec et mat 

Photo de George Becker sur Pexels.com

D’un point de vue sociétal, la pratique des échecs à pris une toute autre portée que le simple loisir lors de la guerre froide. Ce sport intellectuel, très populaire à ce temps, est devenu un enjeu politique de premier ordre.

En effet, dans ce jeu où s’affrontent les cerveaux, une partie était l’occasion de comparer les intelligences de deux personnes, et c’est alors que, comme dans Le jeu de la Dame, les matchs entre Américains et Soviétiques devenaient une véritable lutte politique. À l’instar des jeux olympiques ou de la conquête spatiale, ces parties d’échecs étaient l’occasion de comparer deux nations, de se mesurer à l’autre et, symboliquement, d’écraser intellectuellement son adversaire. 

L’exemple le plus emblématique de cet affrontement indirect était les rencontres entre l’Américain Bobby Fischer et le Soviétique Boris Spassky. Dans un article paru en avril 2018 dans le journal quotidien Le Parisien, intitulé « 1972 : la guerre froide se joue aussi sur l’échiquier » (Perrier, 2018), le journaliste explique que les échecs sont une véritable fierté en URSS. Depuis 1948, cette discipline n’a connu que des champions soviétiques, jusqu’à ce que cette écrasante supériorité soit remise en question par le jeune Bobby Fischer. Le gouvernement américain avait alors saisi l’occasion de battre les Soviétiques aux échecs, faisant de l’affrontement entre les deux hommes un évènement mondial, véritable symbole de l’affrontement des deux grandes superpuissances de l’époque.

Néanmoins, le jeune américain, véritable loup solitaire, est connu pour son instabilité et sa grande paranoïa. Subissant une énorme pression, il se croit observé et espionné sans cesse, ce qui le pousse à des comportements et des demandes extravagantes, étant même prêt à renoncer au match pour lequel il s’était préparé toute sa vie. Les Soviétiques accusent les États-Unis de se moquer de leur champion. Ils songent à le rapatrier. Le duel programmé vire à l’incident diplomatique. Fischer, finalement grand vainqueur du « match du siècle » (Reykjavik, juillet 1972), refusera par la suite de jouer certains matchs, s’exposant à des menaces de peine de prison qui le pousseront à s’exiler en Islande, où il s’engouffrera dans un délire complotiste.

Les échecs sont une discipline rigoureuse nécessitant de nombreuses qualités, mais que ce soit la fictive Beth Harmon ou l’historique Bobby Fischer ; être Grand Maître aux échecs ne signifie pas que leurs performances se retrouvent dans leurs vies privées. En ce qui concerne Beth Harmon, la série met en évidence des conduites addictives et des comportements de type psychotique, et le film « le Prodige » (Zwick, 2015) révèle la vie tourmentée qu’a pu connaître Bobby Fischer.

Enfin, le jeu d’échecs reste une véritable gymnastique mentale et voit son image sacrément dépoussiérée avec Le jeu de la Dame, création dans l’air du temps avec des questions actuelles telles que le féminisme, mais aussi le racisme, l’addiction et l’homosexualité au travers des personnages de Jolene et de Townes. Il est vrai que ce sport reste majoritairement masculin et que les femmes ont parfois du mal à y faire leurs places. Certains joueurs utilisent parfois encore leurs préjugés pour fonder leurs stratégies, en suivant, par exemple, l’idée qu’un jeune sera plus impulsif ou une femme plus défensive. Mais comme dans bien des cas, les vieilles croyances sont aujourd’hui remises en question. Quels que soient notre origine, notre genre ou notre identité, nous ne naissons pas génie, nous le devenons.

A lire et regarder également :

  • Un ordinateur champion du monde d’Échecs : histoire d’un affrontement homme-machine (Rougetet, 2016)
  • Interview de Andreea-Critiana Navrotescu, Grand Maître International féminin. (Navrotescu, 2020)
  • Film sur la vie de Bobby Fischer : « Le prodige ».(Zwick, 2015)

Bibliographie 

Conti, F. (2006, août 29). L’analyse Neurologique Des Echecs[Revue]. https://www.europe-echecs.com/art/l-analyse-neurologique-des-echecs-431.html

Le Jeu De La Dame. (2020). Netflix. https://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19589992&cserie=24971.html

Naidji, T. (2017). Psychologie des Grands Maîtres. Échecs Et Psychologiehttps://echecs-et-psychologie.fr/psychologie-champions/

Navrotescu, A.-C. (2020, novembre 13). Vidéo : On a Décrypté Le Jeu De La Dame Avec Une Championne D’échecs[Konbini]. https://biiinge.konbini.com/news/video-les-vrais-savent-le-jeu-de-la-dame-championne-dechecs/

Perrier, B. (2018, avril 4). 1972 : La Guerre Froide Se Joue Aussi Sur L’échiquier. Le Parisien.https://www.leparisien.fr/international/recit-1972-la-guerre-froide-se-joue-sur-l-echiquier-04-04-2018-7634049.php

Polgar, S. (2012, juillet 3). Fonctionnement Du Cerveau D’un Joueur D’échecs[Direct8]. http://echiquierdelatournette.fr/read.php?5,57

Psychologie échiquéenne. (2020). In Wikipédiahttps://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Psychologie_%C3%A9chiqu%C3%A9enne&oldid=176566248

Ray, M.-C. Gyrus Fusiforme. Futura Santéhttps://www.futura-sciences.com/sante/definitions/cerveau-gyrus-fusiforme-16644/

Rougetet, L. (2016). Un Ordinateur Champion Du Monde D’échecs : Histoire D’un Affrontement Homme-Machine. Sciences du jeu5https://doi.org/10.4000/sdj.598

Zwick, E. (2015, septembre 16). Le Prodige[Biopic, drame]. https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=178973.html

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